Ma vieille tendresse

Les courses lucides à la pointe des cheveux.

Les mains à la danse des entrées de village.

Le soleil aux sutures des géométries.

L'attente contre les murs.

L'improvisation à même les termes délicats du souffle.

L'escalier des alcools pleines bouches et le sucre des gestes.

Les pluies fines qui sentent le sexe jusqu'à la civilisation.

Les rues dans les rumeurs des ports qui destinent.

Toutes les nuits du vent.

Et la fin des armes.

Cet esprit aussi, ces idées, ces présences aux mots depuis les pinèdes, les carrières ruinées aux yeux, les étages d'azur, les abricots riches , les crépuscules lents comme des seins, les amandes, les monts monstrueux, les platanes au sirop.

Les noms encore.

Là, ce matin dans l'écriture certains reviennent.

Henri Miller. René Char. Georges Brassens. Paul Cézanne. Alphonse Daudet. Georges Katsimbalis. Léonard Cohen.

Mon sud. Ma vieille.

Je me souviens.

Il s'agissait d'avoir ce corps comme un rendez-vous.

De descendre.

Les trains ouvraient la bouche.

Les fenêtres s'ouvraient même fermées.

Les arbres changeaient.

Les femmes, les enfants, les chiens, les ouvriers aussi.

Quelque chose pointait du doigt vers la ligne.

C'était la prise.

Puis le constat de l'enfance.

Le rivage était bleu de faillite magnétique.

Et oui mais.

Le nombre.

Le club.

La clique.

Le miroir.

La retraite sans fin.

Le pavillon avec vue.

Le mensonge du placement réservé.

Cette mauvaise fiction de "la belle vie" américaine.

Tout était déjà rattrapé par l'opérette du commerce.

Avec les enfants, avec toi, nous sommes descendus.

Et nous avons trouvé.

Se lever sans heure.

Se baigner.

Manger des oeufs de soleil.

Se baigner.

Manger des glaçons comme il se doit.

Se baigner.

Trouver des coquilles, de la pierre usée. La méditer.

Se baigner.

Faire le trou du cul de la plage.

Se baigner.

Boire le monde contenu dans l'envers du verre.

Se baigner.

Trouver le rythme des paupières.

Se baigner.

Atteindre sa lumière en la chair. En changer de couleur, de mot, d'esprit, d'hymne.

Se baigner.

Revenir de tous les corps et de tous les âges.

Se baigner.

Être en corps c'est être au sud.

Je suis face à la carte.

Des millions dans les formes, les matières, les temps et les contraires.

Je marche.

Je fends.

Je faille.

Je m'ouvre d'ouvrir.

Je nage.

je suis de retour.