J'ai beaucoup photographié.

Entre 20 et 35 ans.

C'était un acte quotidien.

C'était des traces.

Un je suis venu, j'ai vu.

Cet aveu un peu péremptoire.

L'appareil photo en main, en bandoulière, à l'oeil , l'appareil photo me permettait d'ouvrir l'espace et le temps. Il me légitimait à cheminer, à attendre, à devancer, à atteindre.

Il me rendait possible la rencontre.

Il m'accouchait d'une forme de contenance que sinon je n'avais.

L'appareil photo était ma béquille.

C'était  aussi un partage .

Lorsque je les montrais à d'autres -"mes photos"- j'étais une seconde fois vivant.

Une source de récits, de mythologie intime.

Une façon de montrer qui j'étais.

L'espérance d'un satisfécit. 

Ma part sensible.

Mon statut de posséder un "oeil".

Pendant longtemps, j'ai eu une boite métallique. Une ancienne boite à biscuits achetée en Bretagne, dans laquelle je plaçais en vrac mes sélections, mes préférences.

Cette boite c'était moi.

Je l'ouvrais à ceux que j'aimais.

C'était sacré, précieux de chaque photographie dévoilée.

L'ouvrir c'était un risque dans l'acte premier d'aimer.

Et encore avant.

Dans l'enfance.

Mes parents avaient eux aussi une même boite métallique.  

Ils y avaient placé leurs propres souvenirs photographiques.

Avec mes frères, souvent on l'ouvrait. On réclamait de savoir. Qui? Où? Quand? Pourquoi?

Nous y retrouvions notre place dans l'ordre des générations et du monde.

C'était nous avant nous.

C'était bien.

Vers 35 ans je me suis marié et j'ai fondé une famille.

Je suis venu  vivre dans les montagnes de la "Haute" Auvergne.

C'est la seule Auvergne pour moi, celle du pays de mes vacances enfantines.

J'ai été pris dans cette construction.

Je vivais d'autres choses et d'autres temps.

J'ai négligé puis oublié la photographie.

Pour mes 50 ans mes amis, ma famille, mes enfants, ma femme - ils s'y sont "tous" associés.

J'ai reçu un appareil photographique numérique.

Nikon D 750.

Objectif de 50 mm.

J'ai repris le fil de l'histoire laissée en suspend pendant 15 ans.

ça a fait parti d'une renaissance.

Je refais de la photographie. L'appareil est à portée. L'acte peut remonter et s'imposer à tout moment.

J'ai retrouvé ce supplément d'être.

Cela me manquait.

Je ne photographie plus comme avant.

Je ne me compare plus aux maîtres.

Arbus, Sanders, Franck, Cartier Bresson.

Non.

Plus cet égo.

Je crois que je fais des photographies simplement  parce que je suis peut-être un peu mieux "au monde" en le faisant.

Mes maîtres sont les nuages, les vaches, les arbres, ceux que j'aime ...

Et ma seule et farouche exigence est celle de la présence.

Ce "c'est là ou pas".

Et c'est bien.

Ce site est une nouvelle "boite à biscuits".

Marc